Les extrêmes environnementaux

Quelles interactions entre occupation du sol et extrêmes hydro-météorologiques passés ?
Étude géo-historique de l’Arve à Bonneville
On s’intéresse ici à comprendre les interactions entre l’évolution de l’occupation du sol (vecteur de richesse mais aussi d’exposition au risque) et les risques hydrométéorologiques dans le contexte de changement climatique en milieu de montagne. Plus spécifiquement, à l’échelle de la commune de Bonneville située le long de la rivière Arve, il s’agissait de savoir si les extrêmes hydrométéorologiques « vécus » ont directement ou indirectement influencé l’évolution de l’occupation du sol, et si oui de quelle manière.

Pour mener à bien cet objectif, une démarche géo-historique a été considérée. Un travail de fouille et de compilation d’archives historiques mené par l’historien Alain Mélo (SCOP SA AXALP) a ainsi permis d’identifier cinq évènements hydrométéorologiques majeurs à Bonneville au cours du XXe siècle (1903, 1910, 1937, 1940 et 1968). Pour chacun de ces évènements, des photos aériennes prises avant et après ces derniers, ainsi que des documents cartographiques historiques (carte d’Etat-major, carte IGN historique de 1950), ont été sélectionnées, géo-référencées et digitalisés via SIG afin de produire des cartes d’occupation du sol par photo-interprétation et recoupement d’éléments cartographiques historiques. Les changements d’occupation du sol ont ensuite été mis en évidence par comparaison diachronique des cartes (méthodes de différentiation et combinatoire). En complément, des cartes d’extension d’inondation associée à chaque événement hydrométéorologique ont été réalisées sur la base des impacts (localisation et nature) documentés par l’historien (Figure 1).

Les résultats cartographiques obtenus permettent donc de discuter les impacts au regard de l’évolution de l’occupation du sol mais également de l’évolution de l’aménagement du territoire vis à vis de ces événements. On constate ainsi, sur la zone inondée par la crue de 1968 (Figure 1), que la surface construite (routes, bâtis, industries) a augmenté de 95,37% entre 1937 à 1968. A l’échelle de la commune, l’augmentation de la surface construite est de l’ordre de 42,76% pour la même période. Ces chiffres traduisent en partie l’étendue des impacts potentiels lors de la crue de 1968 et mettent en évidence une tendance à l’accroissement de l’exposition des constructions à l’évènement hydrométéorologique. Tendance qui s’est poursuivie jusqu’à aujourd’hui puisqu’en 1968, 17,25% de la surface de la zone inondée était construite contre 62,19% en 2016. L’influence des événements hydrométéorologiques sur l’évolution de l’occupation du sol à Bonneville sur l’ensemble de la période considérée par ce travail est donc, semble-t-il, toute relative.

Figure 1
Figure 1 : Cartographie des zones inondées et de l’occupation du sol lors de la crue de 1968 à Bonneville

Publié le 9 novembre 2017